Le B2i : histoire, évolution et échec prochain

Commençons par un petit historique du B2i (Brevet Informatique et Internet). Instauré en 2000, il consiste en un ensemble de compétences que les élèves doivent valider au collège. Quelques exemples : « Je sais utiliser et gérer les espaces de stockage à ma disposition », ou « Je sais faire preuve d’esprit critique face à l’information et à son traitement ».

Il fallait impérativement que les élèves valident 80% des compétences avant la fin de la 3e, sous peine de ne pas pouvoir obtenir le Brevet des Collèges, et ce même si ils réussissaient les épreuves écrites.

La mise en place de la première version a été erratique, et d’expérience personnelle, c’est seulement à partir de 2009/2010 que ça a commencé à fonctionner correctement. Les problèmes récurrents étaient l’absence d’un logiciel « normalisé » au niveau national qui permettait aux enseignants de valider les fameuses compétences. Enfin il n’y a rien de surprenant, à l’Education Nationale, d’imposer du travail supplémentaire sans même fournir les outils nécessaires à l’évaluation de ces travaux.

Dans l’intervalle de cette mise en place, comme il était hors de question de pénaliser les élèves à cause de problèmes relatifs au système de validation, les Chefs d’Etablissement ont, en général, « validé à la chaîne » les élèves n’ayant pas leur B2i.

Ces compétences doivent être validées dans le cadre d’activités faites en classe, une simple justification ne suffit logiquement pas, car l’élève pourrait se faire aider par ses parents ou ses frères et soeurs. Alors si certaines d’entres elles sont relativement aisées à valider de par les activités déjà en place dans les différentes disciplines (le premier exemple ci dessus), d’autres n’étaient déjà quasiment pas évaluables (le deuxième exemple ci dessus). On devait alors, soit organiser une évaluation sur table spécifiquement pour ces compétences, soit « faire confiance » aux élèves en se fiant à de simples explications faites depuis chez eux.

N’ayant aucune heure, ou aucune discipline prévue pour ce fameux B2i, il a fallu composer et essayer de partager les différentes compétences entre les disciplines utilisant le plus l’informatique. Concrètement, la technologie et les mathématiques ont hérité de la grande majorité du travail, sans aucune heure spécifiquement dédiée à ce travail supplémentaire (qui vient se rajouter au programme des disciplines concernées).

Puis vint la rentrée 2012/2013. Plus possibilité d’accéder au logiciel qui permettait de valider le fameux sésame (GiBii pour les connaisseurs), ni de le mettre à jour avec les élèves arrivant en 6e. Une information plus ou moins officielle circulait, disant qu’un nouveau logiciel devait être déployé au niveau national, et ce courant Octobre.

Octobre, rien.

Novembre, rien

Décembre : ca y est, Obii arrive ! (Outiller le Brevet Informatique et Internet). Mauvaise surprise, il faut des clés OTP pour se connecter (des petits portes clés sur lesquels apparaissent des codes changeant toutes les 10s ou 20s, et qu’il faut rentrer pour se connecter au portail permettant de valider le B2i. Charge aux enseignants d’acheter la petite chose, 10€ :) ). Révolte ouverte concernant les clés OTP, en janvier les responsables font marche arrière : les enseignants peuvent maintenant se connecter sans clé OTP.

Deuxième surprise, les logins et mot de pass des élèves ont changé, et ne correspondent ni à leurs identifiants du réseau du collège, ni à ceux qui leurs permettent de se connecter aux outils du collège depuis chez eux, ni à ceux de « viescolaire », site sur lequel ils peuvent consulter leurs notes…. Ça fait donc 3 ou 4 logins et mot de pass différents à retenir, pour des élèves de 11 à 15 ans….

Pire : les mots de pass ont été générés aléatoirement, et sont constitués par une suite informe de caractères alphanumériques et de chiffres. Alors question sécurité il n’y a certes pas mieux, mais le soucis est que les 3/4 des élèves n’étaient pas capables de reproduire le fameux mot de pass tellement il était compliqué…. Changement des mot de pass pour toutes les classes donc, entre 30 min et 1h de perdue pour chaque classe.

Et enfin, dernière surprise (on dit bien jamais deux sans trois !) : les pourcentages de validation des élèves ont baissé ! Après avoir regardé de plus près, il s’agit en fait du nombre de compétences qui a augmenté. Avec en plus l’apparition d’une foultitude de compétences invalidables au collège, tel que « Il sait s’abonner à des flux d’information et/ou de podcast (flux RSS, baladodiffusion, etc.). », « Il identifie les situations de cyber harcèlement et demande de l’aide à un adulte », « L’élève s’interroge et s’informe progressivement sur les lois se rapportant à ses usages numériques. », et l’une des plus savoureuse « Quand il s’exprime sur Internet, l’élève identifie le public auquel il s’adresse et utilise le niveau de langue approprié. Il comprend dans quel type de sphère il situe sa communication (notamment publique ou privée, professionnelle ou personnelle). ».

Bref du grand n’importe quoi. Et toujours sans aucun aménagement de prévu au niveau des disciplines qui peuvent y participer le plus….

Je vous invite tout de même à jeter un oeil sur l’intitulé des nouvelles compétences (lien ci dessous), à imaginer que ces dernières sont destinés à des collégiens, et à vous délecter du ridicule de la chose…..

Compétences actuelles du B2i

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